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Un certain 25 décembre 1645…

Un certain 25 décembre 1645…

C’est précisément ce jour-là que Nicolas avait choisi pour se rendre à Vendôme distant de quatre lieues environ. Solide gaillard, dans la trentaine, le parcours, à pied, ne semblait guère l’effrayer ; c’est qu’il en avait vu d’autre à la ferme paternelle de la Perrine, non loin de la Ville-aux-Clercs.

 

 

Parti aux aurores, empruntant le chemin de Chartres à Tours pour la première fois et bien que réputé peu sûr en traversant la forêt, le jeune Nicolas arriva sans encombres, en fin de matinée, en vue des fortifications nord de la ville.

 

Laissant à main gauche la maladrerie et sa chapelle, dans la plaine du Tyron, puis les couvents des Capucins, des Calvairiennes et des Ursulines, tous trois nouvellement établis de part et d’autre du grand chemin de Chartres dénommé également le grand Faubourg, notre voyageur, non sans avoir jeté un coup d’œil amusé sur l’enseigne de l’auberge du «Plat d’Etain», hésita un court instant devant l’imposante porte Chartraine.

 

Il lui suffisait maintenant de franchir le vieux pont de bois précédé de sa demi lune en eau et l’antique pont levis lancé sur la douve, pardon sur la rivière Saint Denys, pour se retrouver rue de la Porte Chartraine, la bien nommée, non sans avoir salué au passage les gardes de la milice bourgeoise plutôt bons enfants. À partir de là, une certaine animation le surprit quelque peu.

 

Au coin de la rue aux Béguines, plusieurs estagiers (clients) faisaient la queue, tout en devisant bruyamment, devant le four banal de Monsieur le duc. Plus loin, la chapelle Saint-Jacques, dernièrement promue chapelle des Oratoriens, restaurée voici tout juste un siècle par Marie de Luxembourg, se laissait admirer, tandis qu’en face, par delà les maisons en colombages, à l’extrémité du cul de sac du Puits, se devinait le couvent des Cordeliers.

 

Progressant d’un pas alerte, tout en contemplant les nombreuses échoppes des gantiers-parfumeurs, des mégissiers et autres étals, il franchit le pont Perrin, l’un des premiers ponts de pierre de la ville, précédé de son abreuvoir et flanqué du plus vieux moulin à grains connu. Atteignant ensuite la très courte rue au Change renommée pour ses boutiques monétaires où l’on échangeait la livre parisis (de Paris) contre la livre tournois (de Tours), Nicolas put admirer le chevet de la nouvelle église gothique Saint-Martin enfin terminée…ou peu s’en faut. Sur la gauche, le haut clocher roman en pierre de l’abbaye, déjà aperçu comme dominant la ville, pointait sa flèche par-dessus les toits d’ardoises.

 

Lorsque midi sonna au carillon de la Trinité, le jeune homme se préoccupa de trouver au plus vite une auberge. Virant sur la droite dans l’étroite rue de l’Écrevisse enserrée entre le collatéral nord de l’église paroissiale et les maisons en pans de bois, à l’image du Grand Saint Martin, il remarqua plusieurs hostelleries aux enseignes prometteuses, mais sans toutefois s’y arrêter. Parvenu sur la petite place, en avant de l’église, au pied même du clocher, il interpela un commis qui dételait les chevaux de la malle-poste pour les emmener boire à l’abreuvoir du canal du Grand Tournois (1).

Ce dernier, quoique très affairé, lui indiquait du menton, l’auberge renommée des «Trois Roys», à deux pas de là, rue du Bourg Saint-Martin contournant par le sud la dite église.

 

Ce choix s’avéra être le bon et Nicolas s’empressa de commander le plat du jour servi, ce qui ne gâtait rien, par une jeune et jolie servante. Mais tout à la joie de pouvoir enfin rendre hommage à la relique de la Sainte Larme en l’abbaye toute proche, car tel était bien son but en venant à Vendôme, il ne remarqua guère l’avenante jeune fille.

 

Passé le portail voûté marquant l’entrée du monastère, l’admirable dentelle de pierre de la façade occidentale de la Trinité s’offrit au regard émerveillé du visiteur. Assurément, il y avait déjà foule sur le parvis en ce début d’après-midi. Nicolas se mêla alors aux fidèles qui s’avançaient lentement en une longue file silencieuse et recueillie. Par le bas-côté nord de la nef, il parvint ainsi jusqu’au monument richement sculpté renfermant la sainte relique dont la renommée dépassait largement le pays vendômois. Un moine, comme aux autres pèlerins le précédant, la lui présenta, retenue par deux fils d’or ; ravi, il s’en frotta les yeux : mis à part faire tomber la pluie par temps de sécheresse, ne guérissait-elle pas aussi les troubles de la vue ? Son vœu le plus cher venait ainsi de s’accomplir. Sa joie était grande et ses efforts du matin pour venir jusqu’ici, largement récompensés.

 

Mais le temps passant, il était maintenant bien trop tard pour s’en retourner à la ferme, la nuit enveloppant déjà les maisons du vieux bourg. Nicolas résolut donc de reprendre pension à l’auberge des «Trois Roys». Ce fut alors et seulement durant le souper, j’en reste convaincu, qu’il s’aperçut véritablement de la présence de la jeune Jacquette, la servante aux grands yeux rieurs.

 

Cette histoire somme toute assez banale aura cependant un heureux dénouement l’année suivante. Nicolas et Jacquette se revirent par la suite, je ne sais quand et comment, mais pour le sûr, ils se marièrent pour le meilleur et pour le…

 

Ah ! J’allais oublier de vous préciser…

…Que Nicolas était mon ancêtre direct au onzième degré et que Jacquette, en l’épousant, devenait ma grand-mère et que sans leur amour je n’aurai pas eu le plaisir ni la possibilité de vous conter leur toute première rencontre, précisément un 25 décembre, il y a bien longtemps.

 

Histoire vraie ou supposée comme telle ? À vous de trancher. Si le décor peut paraître assez fidèle à la réalité historique de l’époque, les personnages et leur rencontre peuvent être, en revanche, entièrement imaginés ; à moins que ce ne soit le contraire, allez savoir !

 

Mais qu’importe, en ces fêtes de fin d’année, il est toujours bon de croire à un possible conte de Noël.

 

Note 1 : canal du Grand Tournois, aujourd’hui rivière de la sous-préfecture ou du Pont Rondin, à l’extrémité de l’actuelle impasse de l’Écrevisse.

Iconographie : la rue de la Porte Chartraine (aujourd’hui la rue du Change) : dessin d’Anne-Marie Deur-Joly.

 


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