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Les grandioses funérailles de François de Bourbon

Les grandioses funérailles de François de Bourbon
Le 3 octobre 1495, le comte de Vendôme, François de Bourbon, époux de Marie de Luxembourg, décédait à Verceil, en Italie. Tout juste âgé de 25 ans, il était venu rejoindre Charles VIII dans le Piémont, mais la maladie devait alors l’emporter. Si ses obsèques en Vendômois, quoique peu connues, restent modestes et dans la pure tradition locale du moment, les cérémonies, au-delà des Alpes, ignorées jusque là, furent, quant à elles, sous l’impulsion du roi de France, d’une extraordinaire magnificence et peuvent même surprendre. La copie manuscrite d’un document retrouvé à la Société archéologique de Vendôme nous les fait revivre.

François de Bourbon

Né en 1470, François, comte de Vendôme, de Marles et de Soissons, seigneur d’Épernon, Gravelines, Dunkerque et Ham, entre autres, succéda de 1477 à 1495 à son père Jean VIII (1446-1477). Sa mère Isabeau de Beauvau fut Dame de Champigny-sur-Veudre et de la Roche-sur-Yon. Son jeune âge (7 ans) à la tête du comté le fit placer sous la tutelle de Louis de Joyeuse époux de sa sœur aînée Jeanne.
En 1484, François représenta le comte de Toulouse au sacre de Charles VIII.
En 1487, il servit Anne de Beaujeu, sœur du roi, en rendant à cette Dame tous les services qui dépendaient de lui pour le bien de l’état et l’exécution des ordres du roi…Et fit campagne auprès de Charles VIII en Guyenne, puis en Flandres deux ans plus tard.
Du même âge que Charles, ce dernier allait bientôt le considérer comme un frère : la douceur de son caractère faisait ses délices dans les conversations que le roi avait avec lui ; il eût voulu l’avoir sans cesse auprès de lui…
Le 8 septembre 1487, François, selon la volonté du roi, épousait par contrat Marie de Luxembourg qui lui donna six enfants en sept ans de mariage ; Il ne connaîtra sans doute pas sa dernière fille Louise, future abbesse de Fontevrault, née vraisemblablement après son départ pour l’Italie.

La première guerre d’Italie

Après s’être emparé du royaume de Naples et devant l’hostilité grandissante des États italiens (en particulier celui de la ligue de Venise) contre l’occupation française, Charles VIII se voyait dans l’obligation de faire retraite vers la France. C’est ainsi que ses ennemis lui bloquant le passage à Fornoue le forcèrent à livrer combat le 6 juillet 1495 ; un affrontement favorable au roi de France qui put alors rester en Piémont jusqu’au 22 octobre suivant.
Mais François de Bourbon était-il déjà en Italie pour participer à cette bataille de Fournoue ? Les historiens et érudits locaux sont ici très partagés. Pour les uns, comme l’abbé Simon (1712-1781), chanoine de la collégiale Saint-Georges de Vendôme, sa présence ne fait aucun doute : ayant accompagné le roi à la conquête de Naples, il combattit avec courage à la bataille de Fornoue ; il se porta avec tant de prudence et de valeur dans tous les endroits où il jugeait sa présence nécessaire, que quelques uns ont dit qu’il avait été l’un de ceux qui avaient eu plus de part et avait des plus contribué au gain de cette célèbre journée…
Pour les autres, le comte de Vendôme, resté dans un premier temps en France, ne devait rejoindre Charles VIII que plus tard, à Verceil (Vercelli). Ville située dans la plaine du Pô entre Milan et Turin, le roi, en effet, y séjourna du 13 septembre (1495) au 10 octobre suivant. C’est donc durant cette période que François de Bourbon aurait retrouvé (après avoir participé ou non à la bataille de Fornoue) une partie de l’armée royale française.
Quoi qu’il en soit, pour le sûr, François décédait de maladie (peut-être de la dysenterie ?) précisément à Verceil le samedi 3 octobre. Mais de cette maladie rien ne transpira pas plus que les circonstances exactes dans lesquelles il trépassa.

Des obsèques encore rarement égalées

Le roi le pleura avec toute la cour qui le regardait comme un des princes les plus beaux et les plus accomplis de son temps. André de la Vigne (chroniqueur) dira de lui qu’il était l’escarboucle des princes de son temps en beauté, bonté, humanité, sagesse, douceur et bénignité et que le roi en fut si mari qu’il n’était aucun qui le pût réconforter…
Philippe de Comines (autre chroniqueur, notamment de Fornoue), de son côté, précisait qu’il était beau personnage, jeune et sage et était venu en poste parce qu’il était bruit qu’il y devait avoir bataille, car il n’avait pas fait le voyage d’Italie avec le roi. Une phrase ambigüe qui peut aussi bien laisser sous entendre que François de Bourbon n’étant pas parti en même temps que le roi pour sa campagne d’Italie l’avait donc peut-être rejoint à Fornoue et plus sûrement  à Verceil.
Ses obsèques furent célébrées le mardi 6 octobre (1495) dans l’église cathédrale Saint-Eusèbe de Verceil, avec une magnificence extraordinaire, par ordre et aux dépens du roi qui commanda que tout fût aussi solennellement observé que s’il eût été son propre frère. L’ordre qui fut tenu au dit enterrement fut tel que toutes choses furent observées et gardées tant en cérémonies, honneurs et révérences, qu’en toutes choses qu’il appartient à un grand seigneur du sang royal, tel qu’il était et proche parent du roi.
Son corps couché dans un beau cercueil de plomb couvert de bois avait été embaumé et déposé à l’entrée de son logis. Le cercueil était encore recouvert d’une grande couverture de velours noir décorée d’une grande croix de satin blanc et d’où pendaient, de chaque côté, ses armoiries. Pour parer à tout désordre, le prévôt de l’hôtel du roi et ses archers habillés de deuil s’efforcèrent de faire reculer le peuple venu en nombre pleurer le défunt.

Le cortège était composé de gens d’église requis par le roi pour  accompagner le corps, à savoir les quatre ordres mendiants : les Cordeliers, les Jacobins, les Carmes et les Augustins, venus en grand nombre, accompagnés des abbés, prieurs, moines blancs et noirs des religions de Saint- Benoît, de Citeaux, eux-mêmes suivis, en bon ordre, des croix de toutes les paroisses de Verceil et des environs. Puis venaient  les enfants de chœur revêtus de surplis précédant une multitude de chapelains, prêtres, vicaires, curés, chanoines, doyens et autres archidiacres, devançant à leur tour les cardinaux petri ad vincula (Giuliano della Rovere de l’église Saint-Pierre-aux-Liens, à Rome, le futur pape Jules II), de Gênes, de Saint-Malo, de Rouen qui fit l’office ce jour, l’archevêque d’Embrun et les évêques d’Angers (confesseur du roi), de Cornouaille, de Lyon et de plusieurs autres…
Comme il convenait à un grand seigneur de sang royal, le cercueil porté par douze gentilshommes, encadré par deux huissiers tenant une masse d’argent aux armes du Bourbon, était accompagnés d’un grand nombre de gentilshommes très affligés, maîtres d’hôtel, valets de chambre, écuyers, échansons, pages et autres personnels du train de sa maison, tous habillés de deuil. Des gens désignés à cet effet portaient  des torches, cierges et luminaires tous frappés également aux armes de François de Bourbon.
Plusieurs gentilshommes de haut rang présentaient respectivement son heaume timbré, son écu, sa cote d’armes, son épée, son étendard, son guidon et son enseigne, puis venaient encore ses trompettes et clairons (tous silencieux, en signe de recueillement), des huissiers et des chevaucheurs (ses messagers).

Les cordons d’un poêle de drap d’or (rajouté pour le cortège) étaient tenus par Messieurs de Brézé, de Foix, de Ligny et de Guise.
Puis, suivant immédiatement le corps de François, marchaient en bon ordre, M Louis de Vendôme (son frère), Monsieur d’Orléans, M de Nevers (Angilbert de Clèves, son beau-frère, l’époux de sa sœur Charlotte), M le prince d’Orange, M de Brézé dit le jeune, M le grand bâtard de Bourbon (Mathieu de Bourbon), M de La Grutuze, M le maréchal de Gié (commandant l’avant-garde de l’armée française à Fornoue), M de Dunois, M de La Trémouille (Louis II, vicomte de Thouars, commandant le corps de bataille à Fornoue), M de Piennes (Louis de Halluin, chambellan du roi), M le Vidame (de Chartres, Jacques de Vendôme, prince de Chabannais) et plusieurs autres grands seigneurs de France de la Maison du roi et de l’armée. Puis selon la volonté de Charles VIII, les cent gentilshommes de son hôtel et ses cent pensionnaires défilèrent clôturant le cortège.
La foule fut si dense, nous dit-on, qu’il fût bien difficile, ce jour-là, de circuler dans les rues de Verceil.
Monseigneur de Rouen fut commis pour la cérémonie et ce fut sans nul doute l’un des plus beaux et somptueux services qu’on vit jamais faire de par de là en France, ni autre part et où il avait plus de grands gens car toute la noblesse de France, au moins la plus grande partie y était…Le nombre important, tant d’ecclésiastiques que de hauts et nobles personnages, par delà les Alpes, en pays conquis mais plus ou moins hostile à la présence française, était en effet assez inattendu. Il est vrai que beaucoup d’entre eux avaient suivi le roi dans ses conquêtes.
Quant le service fut dit, le corps du François, toujours accompagné d’une grande partie de ses gentilshommes portant ses armes, quitta alors la ville de Verceil.

Le retour à Vendôme

Puis le corps fut convoyé par tous les gens de sa maison et autres grands seigneurs, lesquels passèrent les Monts (les Alpes) et arrivèrent à Moulins où Monsieur et Madame de Bourbon (Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu et Anne de France, sœur du roi) firent faire, à nouveau, un somptueux et grand service.
Pour faciliter le transport depuis le Bourbonnais, le dit corps fut mis sur l’eau. On peut penser que le cortège composé d’un grand nombre de religieux psalmodiant, de jour comme de nuit, prières et oraisons pour l’âme du défunt, s’achemina alors sur l’Allier et la Loire, peut être jusqu’à Blois.
Arrivé à Vendôme le 1er novembre (1495), le cercueil fut déposé comme le voulait la coutume dans la chapelle Notre-Dame de Toussaint du Grand Cimetière, hors les murs (alors faubourg Chartrain).
La cérémonie de l’inhumation de François de Bourbon eut lieu le lendemain 2 novembre ordonnancée par René d’Illiers, évêque de Chartres, à la demande de Louis de Bourbon (frère du défunt) et de l’évêque d’Évreux, les exécuteurs testamentaires.

Mais alors que le corps du comte de Vendôme devait être présenté, selon le protocole, dans toutes les églises de la ville (Saint-Martin, Saint-Bienheuré, Saint-Lubin, la Trinité et la toute nouvelle Sainte-Madeleine) avant d’être transporté dans la collégiale Saint-Georges du château, Louis de Crevant, abbé de la Trinité, dépendant directement de la papauté, refusait l’entrée de l’évêque de Chartres en son église de peur de donner atteinte à ses privilèges d’exemption. René d’Illiers, ne désirant que satisfaire Messieurs les exécuteurs testamentaires et qu’il n’entendait pas que cette action apportât aucun préjudice à l’exemption du monastère ni aucun droit à ses successeurs,  parvenait cependant à convaincre Louis de Crevant. Et suivant acte fait en présence des évêques de Thessalonique, d’Évreux, des abbés de Saint-Calais, de la collégiale, de l’Étoile (Authon) et de Milon d’Illiers, sous-chantre de l’église de Chartres, le corps fut toutefois admis dans l’abbaye de la Trinité.
Le soir même, le corps de François pouvait enfin reposer dans la collégiale. Son mausolée s’élevant dans la chapelle Notre-Dame (vraisemblablement dans le transept nord) passera, de tous temps, pour l’un des plus remarquables de l’église Saint-Georges. Faisant allusion à ce splendide tombeau qu’il a connu, le chanoine du Bellay écrivait (avant 1676) : On a sujet d’en attribuer la sculpture à Marie de Luxembourg qui aura voulu rendre ce témoignage de l’amour saint et conjugal qu’elle avait pour son mari, mais on pourrait aussi croire que c’est aux dépends du roi Charles VIII qu’il fût fait car après la mort de François, il (le roi) commanda que toutes les cérémonies se fissent à ses dépenses…
Ce qui, effectivement, pourrait expliquer la magnificence du mausolée, même bien avant que sa veuve Marie de Luxembourg vînt le rejoindre dans la mort le 1er avril 1546.

Références bibliographiques :

Document manuscrit extrait de l’Histoire de Charles 8, roy de France de Guillaume de Jaligny,  imprimerie royale de Paris, 1684, bibliothèque de la Société archéologique du Vendômois
Abbé Simon, Histoire de Vendôme et de ses environs, tome premier, Vendôme, Henrion-Loiseau, 1834.
J-C Pasquier, le château de Vendôme, une histoire douce-amère, Vendôme, édition du Cherche-Lune, 2012.
Recherches et étude personnelles.

Iconographie :

Tableau généalogique des Bourbon, in généalogie de la Maison royale de Bourbon, Charles Bernard Paris, 1644, Archives Nationales, Paris.
Mausolée reproduit par G. Launay d’après un relevé de Gaignières (collection privée).


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