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L’heureuse puis tragique destinée du cœur de César, duc de Vendôme

L’heureuse puis tragique destinée du cœur de César, duc de Vendôme

Décédé en son hôtel de Vendôme à Paris, le 22 octobre 1665, le corps et le cœur séparé du duc César arrivaient à Vendôme le 15 novembre, après un périple de six jours passant par Villepreux, Anet, Châteauneuf-en-Thimerais, Illiers-Combray et la Ville-aux-Clercs (1).

 

Quelques jours plus tard, une nouvelle cérémonie, toujours en grande pompe, devait cette fois concerner la translation du dit cœur en la chapelle Saint-Jacques…Mais pour cet illustre organe princier, son histoire commençait tout juste…

 

Un nouveau convoi funéraire des plus remarquables

Fondateur du nouveau collège, par acte du 19 avril 1623, César, par testament, avait légué son cœur à ses pères Oratoriens ; un choix on ne peut plus judicieux et approuvé par tous.

 

Comme pour la venue du corps de César depuis Paris jusqu’à Vendôme, le transfert du cœur du Défunt, de la collégiale Saint-Georges du château à la chapelle des Oratoriens (Saint-Jacques), devait encore faire, à travers la vieille ville, sans doute le 19 novembre (1665), l’objet d’un magnifique et imposant cérémonial.

 

Ce nouveau convoi, quoique moins important que le précédent venant de Paris, mais tout aussi digne dans sa tenue, était essentiellement composé par les congrégations religieuses locales, les autorités civiles et militaires du château et par le personnel de la Maison de César.

 

Ainsi, les pères Capucins de Vendôme ouvraient traditionnellement la marche, vêtus de robes grises, chacun tenant une torche blanche garnie de deux armoiries.

 

Les pères Cordeliers venaient ensuite, puis les curés du duché, le chapitre de Saint-Georges à la droite, les pères Bénédictins de la très sainte Trinité, à la gauche.

 

Tous ceux de la Maison du Défunt, en grands manteaux, allaient après, suivis des pages et des valets de pied portant tous des flambeaux de cire blanche.

 

Le premier écuyer soutenant l’épée de son Altesse arrivait juste derrière. Puis venait le cœur de César porté dessous une petite représentation (sorte de reliquaire) recouverte d’un poêle de velours noir armorié à ses armes et dont les quatre coins étaient tenus par le baron de Vautourneux(2) (angle arrière droit), le baron de Poncé (angle arrière gauche), le châtelain de la Chesnuère (angle avant droit) et le châtelain de La Ferrière (angle arrière droit).

 

Enfin, le capitaine des Gardes et le Gouverneur du Vendômois placé à la tête de plus de cent Gentilshommes, tous en deuil, eux-mêmes suivis de la Justice, du Bailli, des Avocats et des Élus en robe et bonnet carré, terminaient le cortège.

 

Dans la chapelle des Oratoriens

Arrivés dans cet ordre à la porte de l’église des révérends prêtres de l’Oratoire (la chapelle Saint-Jacques), l’aumônier du Défunt présenta le cœur au révérend père Micault, supérieur de la maison, par un éloquent discours en latin auquel il fut répondu de même. Puis les pères Moiron et Lespiné commencèrent le répond Subvenite.

 

Ensuite, on alla déposer le reliquaire renfermant le cœur sur un lit de parade couvert de velours noir orné également des armoiries du Prince et placé au milieu du chœur de la chapelle ; l’ensemble étant entouré d’une estrade à deux marches et d’une trentaine de chandeliers garnis de gros cierges blancs.

 

Le tour du chœur était également tendu de draps noirs, depuis le niveau des tableaux jusqu’au dallage, agrémentés de deux bandes de velours noir sur lesquelles figuraient encore les armes de César. Sur l’autel recouvert du parement noir de Monseigneur le Grand Prieur (?) se dressaient dix chandeliers d’argent.

 

Après le De profundis, on célébra la cérémonie traditionnelle autour du cœur avec l’eau bénite et l’encens ; puis, tout le monde se retira jusqu’au lendemain matin.

Le 20 (novembre), sur les sept heures du soir, on chanta les Mâtines des Morts.

 

Le 21, dès huit heures du matin, la Noblesse et la Justice s’assemblèrent dans la grande salle de la maison des Oratoriens (non située, mais pour le sûr dans le bâtiment sud de l’actuelle cour d’honneur de la mairie) où le père Vallée fit l’oraison funèbre en latin ; après quoi, tous se rendirent dans la chapelle, les Gentilshommes gardant la gauche, la Justice, la droite. Puis, la grande messe solennelle pour le repos de l’âme de César terminée, tous allèrent processionnellement au reliquaire (renfermant le cœur). Là, quatre prêtres de l’Oratoire revêtant chacun une chape de velours noir se placèrent aux quatre coins du dit reliquaire. Ensuite quatre réponds de l’office des morts furent chantés par chacun des quatre prêtres présents et par le révérend père supérieur.

 

Cette journée étant achevée, la chapelle ne conservera, pendant l’année, que deux laies de drap noir autour du chœur avec un seul rang d’armoiries. Le père de Fursi en avait été le maître des cérémonies. Si les pères Moiron et Lespiné (déjà cités), tous deux chapiers étaient venus du Mans, deux autres prêtres (non nommés) étaient, eux, venus de Paris dans un des carrosses de son Altesse de Vendôme, avec le premier convoi funèbre.

 

duc CésarDans les années qui suivirent…

…Comme au mois de décembre (1665) suivant, dans la grande salle de l’Oratoire, sur une estrade, on organisa une apothéose et une pastourelle à la mémoire du Défunt et le lendemain on chanta une grande messe solennelle à laquelle assista toute la Justice de la ville.

 

Peu de temps après, Françoise de Lorraine, son épouse, revenant de la Rochelle, après avoir reconduit la rein28e du Portugal, passa par Vendôme. Pour l’occasion, un service solennel fut de nouveau célébré et à cet effet, la duchesse donnait, en remerciements, des cierges, un parement, deux crédences, deux coussins, une chasuble, une chape et une bourse, le tout en velours noir enrichi de toile d’or ornée des armoiries de son mari. Elle fournit encore des bandes noires pour mettre aux tuniques de M le grand Prieur à la place du satin blanc.

 

De même, quelques mois plus tard, elle chargea encore une personnalité de la ville de donner dix écus aux chanoines du château et dix autres écus aux prêtres de l’Oratoire pour acheter des cierges en vue de la célébration du premier anniversaire, le 22 octobre 1666, et au lendemain duquel, toutes les tentures noires de la chapelle, autour du chœur, furent enlevées et le reliquaire contenant le cœur, remis aux pères du collège.

 

Durant toute l’année 1666, la messe de dix heures sera célébrée pour le repos de l’âme de son Altesse, en présence du reliquaire.
Puis, bien plus tard, pour le mois de juillet 1671(3) fut construit par M Bistel, architecte des Bâtiments de Louis-Le-Grand (Louis XIV), roi de France et de Navarre, un monument funéraire en forme de pyramide (avec épitaphe), tout en marbre, incrusté dans le mur de la chapelle, pour recueillir, selon la volonté de Françoise de Lorraine(4), le cœur de Monseigneur César et les restes de son frère Alexandre, grand prieur de France, décédé en 1629. Cœur qui y fut déposé le 10 juillet par le Frère Michel, sacristain, en présence du sieur Bistel, du Révérend Père Poisson, pour lors supérieur de l’Oratoire, des R.P. Vallée (ou Vallay) et Longuet, d’Antoine Velard, marbrier au Louvre, de René Augier, maçon à Vendôme et d’Étienne Dupin, cocher de son Altesse.

 

Le 12 juillet, les Oratoriens organisèrent encore un service fort solennel en invitant toute la Justice du bailliage, les présidents et les conseillers des tribunaux des Grands Jours et de l’Élection.

 

Disparition du cœur de César

Mais le 28 mai 1793 tout va basculer. Des volontaires d’un bataillon de Paris, passant par Vendôme pour se rendre en Vendée, après avoir violé les tombeaux de la collégiale Saint-Georges du château, saccagèrent, le même jour, la chapelle de l’Oratoire.

 

C’est alors qu’ils brisèrent, entre autres, le monument pyramidal contenant le cœur qui fut jeté dans la cour attenante pour disparaître à jamais, tout comme, d’ailleurs, la boite en plomb le renfermant. Quant aux précieux restes d’Alexandre, profanés eux aussi, ils furent retrouvés, jonchant, épars, sur le pavé de la chapelle.

 

Ainsi, après avoir pillé le caveau des Bourbon-Vendôme à la collégiale Saint-Georges, faisant disparaître définitivement le corps de César de Vendôme, les Parisiens du Bataillon dit des Champs-Élysées, s’en étaient pris également, sans doute par pur hasard et par la plus grande des coïncidences, mais avec fureur, au cœur du Prince.

 

 

Note (1) : Voir le Petit Vendômois n° 342, novembre 2017.

 

Note (2) : Vautourneux était à cette époque sur la paroisse des Hermites (canton de Châteaurenault, mais alors en Vendômois). Son seigneur, René Bellanger ayant racheté à la Trinité, en 1656, la baronnie des Hermites fut ainsi qualifié de baron et c’est en cette qualité qu’il tînt l’un des cordons du poêle lors du retour du cœur de César en la chapelle des Oratoriens de Vendôme.
Le baron de Poncé (aujourd’hui dans la Sarthe), ici non connu, avait pour privilège et selon une certaine tradition, de mener par la bride le cheval du comte de Vendôme lorsque ce dernier entrait dans sa ville après une quelconque absence.
Le château de la Chénuère (la Chesnuère) est aujourd’hui situé sur la commune de Ruillé-sur-Sarthe (Sarthe), mais son châtelain d’alors n’est pas davantage identifié. La Ferrière (commune du canton de Neuvy-le-Roi, Indre-et-Loire) faisait également autrefois partie du Vendômois. Le châtelain pourrait être, sous toute réserve, René de Toutant alors lieutenant au gouvernement du Vendômois.
Le seul point commun entre ces quatre seigneurs, est qu’ils relevaient tous de la baronnie de Lavardin donc très attachés et dépendants du duc de Vendôme.

 

Note (3) : À cette époque, la veuve et les enfants de César n’étaient plus de ce monde : La duchesse Françoise de Lorraine était décédée en son hôtel de Paris le 8 septembre 1669 (77 ans) – Sa fille Élisabeth, mariée au duc de Nemours, était morte le 19 mai 1664 (46 ans) – Son fils François, duc de Beaufort, avait été tué au siège de Candie le 25 juin 1669 (53 ans) – Son fils aîné Louis, 5e duc de Vendôme, était mort à Aix (en Provence) le 6 août 1669 (57 ans). Pour l’heure, c’était Louis-Joseph, le petit-fils de César, qui gouvernait le duché.

 

Note (4) : L’érection de ce monument en forme de pyramide pour recueillir le cœur de son époux et les restes de son beau-frère Alexandre avait bien été ordonnée, en effet, par la duchesse juste avant qu’elle ne décède.
Références bibliographiques :

Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, année 1886, Duvau, Les funérailles de César de Vendôme.

 

Gendron, Notice historique sur la chapelle Saint-Jacques. L’église et le collège de Vendôme, Vendôme, 1847.

 

Abbé Simon, Histoire de Vendôme et de ses environs, le collège des Pères de l’Oratoire de Vendôme, livre III, Vendôme, Henrion-Loiseau, 1835.

 

Recherches et étude personnelles.

 

Iconographie : Chapelle Saint-Jacques : Monument renfermant le cœur de César et les restes de son frère Alexandre jusqu’en 1793. (Marquis de Rochambeau, épigraphie et iconographie du Vendômois, T. I, Vendôme, Lemercier, 1889).

 

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