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Une place dénommée « Vendôme »

Une place dénommée « Vendôme »
À la question maintes fois posée : « Entre la place Vendôme, à Paris, et la ville de Vendôme, en Loir-et-Cher », y a-t-il un rapport direct ; la réponse est oui.
La célèbre place parisienne doit en effet son nom à l’ancien hôtel de Vendôme sur lequel elle fut en partie établie, propriété par héritage des Bourbons-Bâtards de Vendôme au XVIIe siècle, les derniers ducs de Vendôme avant le rattachement officiel du duché à la couronne de France en 1724.
Si cette réponse suffit à elle-même, il serait peut-être intéressant maintenant d’en connaître le pourquoi et le comment. Les recherches entreprises sur « l’hôtel des Vendôme » et l’histoire de la place royale qui lui succéda vont parfaire nos connaissances. Suivons donc les archives et les quelques études(1) s’y rapportant.

 

Sous le règne de Louis XIII, le site où sera établie la future place Vendôme était encore peu construit. Il était alors situé à l’intérieur des fortifications de Paris, à peu de distance de la porte Saint-Honoré, non loin du Louvre et des Tuileries, siège du pouvoir royal et proche du palais cardinal, demeure de Richelieu.

 

Les premières constructions élevées sur ces lieux furent l’hôtel du Perron, bâti au siècle précédent et trois couvents : les Feuillants dont le jardin rejoignait le manège des Tuileries, les Capucines, installées au nord de la rue Saint-Honoré dès 1609, jouxtant les murailles de la ville et les Haudriettes (bientôt placées sous le vocable de l’Assomption), à l’ouest des Feuillants, à partir de 1622.

 

Ce fut effectivement vers le milieu du XVIe siècle qu’apparut une vaste demeure entourée d’un jardin : l’hôtel du Perron du nom de son propriétaire Antoine de Gondi du Perron, maître d’hôtel du roi Henri II, époux de Catherine de Pierrevive, gouvernante des Enfants de France. Ainsi, en 1561, ayant acquis des terrains au nord de la rue Saint-Honoré, les Gondi y construisirent une résidence princière.

 

L’hôtel de Vendôme

À leur mort, l’hôtel échut à Albert de Gondi, le premier maréchal de Retz. Au décès de ce dernier survenu en 1602, sa veuve Catherine de Clermont, duchesse de Retz, cédait sa somptueuse demeure à Marie de Luxembourg(2), duchesse d’Étampes et de Penthièvre, princesse de Martigues, veuve récente du duc de Mercœur, Philippe-Emmanuel de Lorraine.

 

Celle-ci fit alors ériger un second hôtel (peut-être accolé au précédent). Situé entre les Jacobins à l’est et les Capucines à l’ouest, sa longue et imposante façade se déployait sur la rue Saint-Honoré, face aux Feuillants. Les travaux s’effectuèrent durant le premier tiers du XVIIe siècle vraisemblablement dirigés par les architectes Métezeau et Salomon de Brosse.

 

Place VendômeAu décès de Marie de Luxembourg, le 6 septembre 1623, sa fille unique Françoise de Lorraine, duchesse de Vendôme, épouse de César-Monsieur (fils naturel légitimé de Henri IV et de Gabrielle d’Estrées), héritait à son tour de l’hôtel encore en travaux. César, duc de Vendôme de 1594 à 1665, en devenait ainsi le véritable propriétaire par alliance. C’est sans doute à cette date (1623), que l’hôtel des  » Mercœur  » s’appela : « Hôtel de Vendôme ».

 

Mais opposé au pouvoir, d’abord à la régence de Marie de Médicis puis à Richelieu, l’indésirable duc César n’habita, semble-t-il, que très peu son hôtel. Il partageait son temps entre ses châteaux d’Anet et de Vendôme quand il n’était pas en exil.

En 1652, l’hôtel est dit : « isolé et s’élevant sur deux niveaux. Le premier forme soubassement, le second à ordres et baies libres est couronné d’une balustrade ».

 

Les trois fils de Laure Mancini, nièce de Mazarin, épouse de Louis II de Bourbon, duc de Vendôme (1665-1669), fils de César, naquirent dans cet hôtel de Vendôme : Louis-Joseph, en 1654, duc de Vendôme (1669-1712), dit le Grand Vendôme ; Philippe, en 1655, duc de Vendôme (1712-1724), dit le Grand Prieur et Jules-César, en 1657 ; d’ailleurs, ce dernier y décédera trois ans plus tard.

 

Le 22 septembre 1665, César de Vendôme mourait à son tour en son hôtel de Vendôme ; la demeure comptait alors une soixantaine de pièces. Déclarée en mauvais état, elle fut restaurée et embellie par son petit-fils Louis-Joseph qui lui adjoignit un magnifique escalier à colonnes, œuvre de l’architecte Jules Hardouin-Mansart. Mais la succession endettée de son grand-père César obligea bientôt Louis-Joseph à s’en séparer en 1669, juste après le décès de son aïeule Françoise de Lorraine en ce même hôtel le 8 septembre 1669 et inhumée chez les Capucines.

 

La place des Conquêtes

Alors que Louis XIV avait déjà entrepris d’importants chantiers dans Paris, Louvois, surintendant des Bâtiments du roi, envisageait de créer, vers 1680, sur des terrains encore libres situés au nord de la rue Saint-Honoré, une place monumentale servant de cadre à une statue équestre du Roi-Soleil.

 

Cette place, appelée tout d’abord place des Conquêtes, était prévue pour devenir la quatrième place royale de Paris, toutes dédiées à la gloire des rois Bourbon-Vendôme, après la place Dauphine (honorant Henri IV), la place des Vosges (glorifiant Louis XIII) et la place des Victoires (encensant déjà Louis XIV statufié ici en pied). Autour de cette future place étaient également envisagés des bâtiments officiels : Chancellerie, Académies, Bibliothèque et la Monnaie.

 

C’est pourquoi, en 1685, l’hôtel de Vendôme fut acheté ainsi que le couvent voisin des Capucines. Tandis que l’hôtel était entièrement abattu, les bâtiments monastiques étaient déplacés vers le nord (emplacement de la rue de la Paix). Le chantier de la nouvelle place des Conquêtes pouvait commencer. Son emprise au sol occupait donc, en partie, l’ancien hôtel de Vendôme et le couvent ainsi que plusieurs terrains alentours.

 

Les premières façades étaient déjà élevées jusqu’à leur deuxième niveau lorsque Louis XIV se rendit sur le chantier en 1687. Mais toute son attention fut assurément retenue par la maquette grandeur nature (16,50 m de hauteur) de sa future statue équestre, principal enjeu de la place en construction.

Au brusque décès de Louvois en 1691, coup de théâtre, le roi ordonna l’arrêt des travaux. Le projet trop ambitieux coûtait cher et la guerre de Succession d’Espagne n’arrangeait rien.

 

Place Vendôme

Il faudra attendre 1699 pour voir le gigantesque chantier reprendre. Sur proposition d’un second plan établi par Hardouin-Mansart, les premières façades furent rasées ; on repartait à zéro. De rectangulaire, la place devint octogonale et sa surface fut réduite d’un tiers. Plus de bâtiments officiels mais seulement des hôtels affectés aux particuliers. La place prenait tantôt le nom de place Louis le Grand (en l’honneur du roi), tantôt de Place Vendôme (en souvenir de l’ancien hôtel des Bourbon-Vendôme) ; la différenciation entre les deux appellations restait toutefois assez confuse.

 

Malgré un certain optimisme, les difficultés s’amoncelèrent, les terrains derrière le décor des façades ne trouvant guère d’acheteurs. Les banquiers, les fermiers généraux et les architectes spéculaient sur les lots et n’étaient pas, bien souvent, en mesure de rembourser leurs dettes. La première construction réellement terminée ne le fut qu’à partir de 1702. Mais les spéculateurs ne furent vraiment soulagés qu’après 1715, lorsque le financier John Law acquit la moitié de la place et put ainsi les dédommager.

 

L’immense chantier prit fin en 1720, avec la colossale statue équestre de Louis XIV se dressant au centre de la place. Elle avait été exceptionnellement inaugurée en 1700 du vivant du roi.
Sous Louis XV, cette place royale prit le plus souvent le nom de place Louis le Grand à l’image de son aïeul, tout en conservant, malgré tout, son nom de place Vendôme.

 

De 1789 à nos jours

À la Révolution, elle prit le surnom de place des Piques, suite à l’implantation d’une fabrique de piques destinées aux émeutiers, avant de reprendre définitivement le nom de Place Vendôme. Le 10 août 1792, la statue équestre fut déboulonnée par le peuple.

 

En 1810, Napoléon y éleva la colonne d’Austerlitz, haute de 44 mètres, entourée d’une spirale de bronze fondue avec les 1200 canons pris à l’ennemi et avec, à son sommet, sa propre statue en empereur romain.

 

Par la suite, suivant les régimes, le sommet de la colonne allait subir bien des changements. En 1814, la statue de Henri IV succéda à celle de Napoléon Ier, puis disparut durant les Cent Jours. Louis XVIII la remplaça par une énorme fleur de lis jusqu’à ce que Louis-Philippe rétablisse Napoléon, en petit caporal. En 1871, la Commune renversa le monument ce qui valut l’exil du peintre Courbet rendu responsable. Enfin, c’est la 3e République qui la redressa en y plaçant une réplique de la statue primitive que nous pouvons toujours admirer.

 

Pour conclure, point n’est besoin ici de rappeler ce que cette place, tour à tour royale, populaire et impériale, représente aujourd’hui.

 

(1) Entre autres – Expositions : La place Vendôme, Art, pouvoir et fortune. Royale, impériale et de grand luxe de Béatrice de Andian délégué général à l’Action artistique de la ville de Paris, Docteur en urbanisme.

 

(2) Ne pas confondre cette princesse de Martigues, Marie de Luxembourg (1562-1623) avec notre Marie de Luxembourg, comtesse puis duchesse de Vendôme (1495-1546), épouse de François de Bourbon.

 

Iconographie : Images et Sons en Vendômois et Internet.

 

Article paru dans Le Petit Vendomois de mars et avril 2006


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